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Histoires et Lieux d'Alsace

Rodolphe de HABSBOURG débarrasse STRASBOURG de son évêque

Rodolphe 1er ;  Ensisheim en 1492 lors de la chute d'une météorite, et en 1644
Rodolphe 1er ;  Ensisheim en 1492 lors de la chute d'une météorite, et en 1644
Rodolphe 1er ;  Ensisheim en 1492 lors de la chute d'une météorite, et en 1644

Rodolphe 1er ; Ensisheim en 1492 lors de la chute d'une météorite, et en 1644

            L’histoire des Habsbourg est assurément romanesque car ils domineront le monde pendant mille ans ! Mais elle est aussi la parfaite démonstration de ce que l’ambition des hommes et de leurs familles peuvent entraîner comme fléaux pour leurs peuples pour préserver leurs pouvoirs et richesses. 

            Cette « série » commence en 1020 quand Werner, devient évêque de Strasbourg et construit en Argovie, près de Brugg, (en Suisse centrale) un château qu’il nomme Habichtsburg qui veut dire le château des autours (petits rapaces) et qu’on appellera plus tard le château des Habsbourg. 

            Il est certain qu’ils ont su acquérir par leur politique matrimoniale d’extraordinaires domaines dans le sud de l’Alsace, le pays de Bade et la Suisse. Ils reçurent le titre de Landgrave de la Haute-Alsace (Sundgau, actuel Haut Rhin). 
Un 1er Rodolphe s’illustra, en 1053, comme l’un des chefs de l’armée pontificale de notre pape alsacien, Léon IX d’Eguisheim. Il affronta les Normands en Sicile et sera tué en Italie. Il résidait à Buttenheim, à 5 kms d’Ottmarsheim, où il avait fait construire un monastère. Son frère, Ratbot, construit l’abbaye Sainte Marie à Ottmarsheim pour y inhumer le corps de son frère.

 

L'abbaye Sainte Marie à Ottmarsheim construite vers 1030

L'abbaye Sainte Marie à Ottmarsheim construite vers 1030

              En 1250, à la mort de Frédéric II de Hohenstaufen, le comte Rodolphe de Habsbourg, né au pays de Bade (sur la rive droite du Rhin), a 32 ans et hérite du titre de Landgrave (comte) de Haute Alsace. Il est le filleul de l’empereur Frédéric II et pense légitimement pouvoir hériter du duché de Souabe et d’Alsace compte tenu de ses possessions. Il habite au château d’Ensisheim, entre Colmar et Mulhouse.

            A l’époque, l’homme fort de la région est l’évêque de Strasbourg, Walter de Géroldseck, qui a 19 ans ! (il possède 12 baillages et trois comtés avec plus de 150 000 habitants, 41 châteaux, une armée de 2 000 cavaliers et 5 000 fantassins !). Le nouvel évêque veut mettre au pas les strasbourgeois en 1258 en exigeant le retour aux droits seigneuriaux de 982 ! Le magistrat et les bourgeois plaident la cause de leur ville en montrant les lettres patentes de leurs privilèges acquis auprès des empereurs ; l'évêque reste intraitable ; il veut rétablir dans toute leur rigueur ses droits temporels. Il y a énormément d’argent en jeu ! Il menace d’user de tous les moyens de contrainte que lui confère son autorité épiscopale, au premier rang desquels l’interdit et l’excommunication !

            Les strasbourgeois ne cèdent pas. La guerre est inévitable. Un premier incident a lieu à la Pentecôte en 1260, lorsque les Strasbourgeois détruisent la tour de vigie de l’évêque, sur la colline d'Oberhausbergen. Walter de Geroldseck riposte en mettant la population de la ville au ban de l'Église et demande aux membres du Grand Chapitre de quitter la ville pour Dachstein, afin de priver ses habitants du secours de la religion. Avec les chanoines du Chapitre, 60 nobles ainsi que l’entourage de l'évêque quittent la cité emportant avec eux le Trésor municipal. Les bourgeois strasbourgeois s'empressent de piller les maisons abandonnées et de les démolir prenant ainsi un gros risque sur leur avenir.

            Replié à Molsheim, Walter de Geroldseck réclame l’aide de ses amis-nobles. L’évêque de Trèves, l'abbé de Saint-Gall en Suisse, celui de Murbach, le comte Rodolphe de Habsbourg, ainsi que tous les hommes-lige de l'évêque en Alsace arrivent en renfort dans le camp épiscopal. Après avoir investi le château de Lingolsheim, les forces coalisées des nobles ouvrent le siège de Strasbourg en déployant leurs effectifs, soit 7000  entre Eckbolsheim et Kœnigshoffen.
            Débute alors une « drôle de guerre » fait de coups de mains et d’escarmouches, ainsi en juillet 1261, la milice strasbourgeoise fait une sortie et enlève à l'évêque de Trèves un lourd convoi chargé d'armes et de munitions et capture 60 chevaux. On signe ensuite un armistice pour permettre la rentrée des récoltes. Pendant cette trêve le comte Rodolphe de Habsbourg, suite à un différend au sujet d’un héritage, change de camp. Il entre dans la ville et jure une alliance avec les Strasbourgeois, qui le nomment Commandant suprême de la place forte, le 18 septembre 1261.

            Cette « trahison » est incroyable car Rodolphe prend un risque énorme qui aurait pu s’avérer fatal à toute sa descendance ! Il déteste surement l’évêque et estime peut-être qu’il est temps de stopper l’hégémonie de celui-ci. Ambitieux et intelligent, Rodolphe se distingue des autres princes en restant très simple. Il n'est pas fier et en campagne militaire il partage la vie de ses soldats et se bat au milieu d’eux.

             L'évêque Walter, très énervé, porte alors la guerre en Haute-Alsace, attaque Kaysersberg, investit Colmar et Mulhouse et fait détruire les faubourgs de Strasbourg. En représailles, les Strasbourgeois tombent nuitamment sur les quatre villages épiscopaux de Wolfisheim, Breuschwickersheim, Schaefolsheim et Achenheim qu’ils incendient. Après deux années de cette guerre d'usure, arrive l'heure de vérité. C’est à Oberhausbergen que va avoir lieu le « Crécy alsacien », le 8 mars 1262.

            Ce matin-là, les strasbourgeois, dirigés maintenant par Rodolphe vont démolir le clocher de Mundolsheim pour attirer les épiscopaux dans un piège. L’évêque Walter se précipite avec 300 chevaliers pour les prendre à revers sans attendre son infanterie. L’avant-garde strasbourgeoise se positionne sur les collines de Hausbergen. Mais le reste de la milice strasbourgeoise, cavaliers, archers arbalétriers aidée par les différentes corporations sortent des remparts et vont à la rencontre de l’avant-garde. La jonction des deux corps se fait au pied de la colline. Arrivé en vue de la colline avec ses chevaliers et une partie de la piétaille, l’évêque pense que les Strasbourgeois fuient et lance immédiatement son attaque. Mais les strasbourgeois se sont ordonnés ; archers et arbalétriers forment les ailes et interdisent par des pluies de flèches à la piétaille ennemie toute approche. Le choc sera donc pour la cavalerie et, très vite, la bataille devient une mêlée. Les bouchers et pelletiers de la ville vont couper les jarrets des chevaux ennemis, faisant chuter à terre les chevaliers engoncés dans leurs armures. Ceux-ci sont tués sans pouvoir se défendre. L’évêque est obligé de fuir, la bataille est perdue pour lui !
            La victoire est totale pour Strasbourg : 1300 morts dans les rangs de l’évêque, dont 70 nobles, 1 seul prisonnier pour les Strasbourgeois, le boucher Birgerlein qui paiera chère cette vilénie ! Des scènes terribles se déroulent. Ainsi, le frère de l’évêque est grièvement blessé, et finalement achevé par un pillard qui cherche à récupérer les bijoux que l’homme porte, en lui tranchant les mains. Des fosses communes sont creusées à la hâte…
L’évêque ne se remettra jamais de cette défaite, il meurt de dépit le 12 février 1263 à 32 ans.

            Cette victoire, entrée dans l’histoire sous le nom de bataille de Hausbergen, est capitale pour l’avenir de la région, Strasbourg devient la 1ère ville à se libérer du joug de son détestable évêque. 

 

La bataille de Hausbergen et le retour triomphal à Strasbourg
La bataille de Hausbergen et le retour triomphal à Strasbourg
La bataille de Hausbergen et le retour triomphal à Strasbourg

La bataille de Hausbergen et le retour triomphal à Strasbourg

            Rodolphe est acclamé dans toute l’Alsace et est maintenant l’homme fort de la région. Mais il doit encore se battre contre l’évêque de Bâle. A Ensisheim il transforme le château du Koenigsbourg en forteresse où l’Empereur Sigismond établira en 1431 le siège de la régence des états d’Autriche antérieures (fief des Habsbourg).

            En 1273, pendant qu’il assiège la ville de Bâle, un émissaire des ducs, grands électeurs de Germanie vient annoncer à Rodolphe que les ducs de Germanie seraient prêts à l’élire « empereur du Saint-Empire » sous certaines conditions. La première indique qu’il doit ramener à la raison le trop puissant roi de Bohème, Ottokar II qui s’est attribué le duché d’Autriche. C’est peut-être le fait d’armes de Strasbourg qui lui vaut cette incroyable attention. Rodolphe, fait mine de réfléchir et demande en contre-parti qu’on marie son fils à la fille du comte du Tyrol avec le duché de Carinthie en dot, et que ses quatre filles épousent les fils des ducs de Bavière, Saxe, Brandebourg et Bohème ! Voilà comment établir durablement sa famille, ses descendants s'en souviendront toujours. 

            Le 24 octobre 1273, Rodolphe est ainsi couronné roi des Romains, à 55 ans, à Aix la Chapelle. Il devrait aller à Rome pour se faire couronner empereur. Mais vu ce qui est arrivé à ses prédécesseurs, il préfère rester en Allemagne. En 1274, il revient deux fois en Alsace, confirme tous les privilèges de la ville de Strasbourg et les renouvelle dans une charte donnée à Haguenau le 8 décembre 1275. 

            Il faut néanmoins aller sur le champ de bataille aidé en cela des armées des « beaux-pères ». Il réunit, en 1278, 30.000 hommes et prend la route de Vienne. Les deux armées se rencontrent dans la vaste plaine de la Morava et se ruent l’une sur l’autre. La cavalerie d’Ottokar semble prendre le dessus. Rodolphe a failli mourir là lorsque son cheval est tué sous lui. Après 3 heures de combat acharné, Rodolphe donne l’ordre à ses chevaliers cachés dans la forêt d’attaquer Ottokar par l’arrière, ce qui provoque la déroute de l’armée bohémienne. On retrouve le corps du duc Ottokar parmi les morts. Rodolphe récupère les duchés d’Autriche, de Carinthie, de Styrie et de du Tyrol. Il a eu la chance avec lui et nomme immédiatement son fils Albert, duc d’Autriche et de Styrie, assurant ainsi son accession au rang si convoité de prince de l’Empire.
 

La bataille du Marchfeld en Autriche, Wenzel réclame le corps de son père, Ottokar.
La bataille du Marchfeld en Autriche, Wenzel réclame le corps de son père, Ottokar.
La bataille du Marchfeld en Autriche, Wenzel réclame le corps de son père, Ottokar.

La bataille du Marchfeld en Autriche, Wenzel réclame le corps de son père, Ottokar.

            En 1278, Rodolphe revient en Alsace et accorde à Colmar sa liberté par une charte de franchise qui commence par : « Rodolphe, par la grâce de Dieu, roi des Romains, toujours auguste, fait savoir, par le présent instrument, à tous les fidèles de l’Empire les choses qui sont ci-après écrites. L’attention et les soins de la suprême puissance royale, qui est la source des lois et qui doit les conserver toutes, doit à juste titre faire en sorte qu’elle établisse et donne des lois telles, qu’elles donnent la paix et le repos aux bons et aux innocents et qu’elles infligent des châtiments et des peines aux méchants et aux gens pernicieux, suivant que leur délit l’aura mérité. C’est pourquoi, nous avons, de notre grâce spéciale et par l’autorité de l’Empire, accordé à toujours et confirmé à nos fidèles bourgeois de Colmar les droits ci-après écrits…. L’article 1 de cette charte déclare : « Celui qui tuera quelqu’un dans la ville et sur le ban de Colmar, sera décapité ; mais s’il arrive qu’il se sauve, on lui démolira sa maison, à laquelle est attaché son droit de bourgeoisie, sans qu’elle puisse être rebâtie par quelqu’un pendant l’année ; et tout son bien ; situé dans le ban de Colmar sera confisqué à notre profit, sans que le coupable puisse jamais rentrer dans la ville. » 

            En 1279, il charge Siegfried de Gundolsheim, le nouveau prévôt de la ville de Colmar, d'édifier le château du Hohlandsbourg, près de Colmar, ainsi que le château de l’Ortenbourg à Scherrwiller afin d'asseoir son autorité en Centre-Alsace. En 1281, meurt son épouse, Gertrude de Hohenberg qui est inhumée dans la cathédrale de Bâle.

Les châteaux du Hohlandsbourg et de l'Ortenberg
Les châteaux du Hohlandsbourg et de l'Ortenberg
Les châteaux du Hohlandsbourg et de l'Ortenberg
Les châteaux du Hohlandsbourg et de l'Ortenberg

Les châteaux du Hohlandsbourg et de l'Ortenberg

            Rodolphe doit encore se battre pendant 15 ans pour assoir son autorité et mettre de l’ordre dans l’empire. Il marie ses onze enfants aux plus grands héritiers du moment. Il décède le 15 Juillet 1291, à 73 ans, à Spire. Strasbourg, en reconnaissance, place sa statue équestre sur la façade occidentale de la nouvelle cathédrale à côté de celles de Clovis et de Dagobert.

            Le tombeau de Rodolphe repose dans la cathédrale de Spire. Il est le personnage la plus remarquable de l’histoire de l’Alsace du moyen-âge car il a changé le destin de la plaine. Les villes libérées dépendront directement des empereurs de Vienne. Celles-ci créeront la Décapole qui regroupe Wissembourg, Haguenau, Rosheim, Obernai, Sélestat, Colmar, Turckheim, Kaysersberg, Munster et Mulhouse. Ces villes se porteront dorénavant mutuelle assistance en cas de conflit ou de difficultés.

            Il a aussi doté sa famille d’une puissance inégalée, celle-ci s’appelant dorénavant Maison des Habsbourg d’Autriche qui règnera pendant plus de 600 ans à Vienne. Son fils Albert 1er aura également onze enfants et il ne fait aucun doute qu’il y a du sang de ce Rodolphe dans toutes les familles nobles européennes.

Les statues de Rodolphe de Habsbourg à Spire et à Strasbourg
Les statues de Rodolphe de Habsbourg à Spire et à Strasbourg

Les statues de Rodolphe de Habsbourg à Spire et à Strasbourg

             Pendant ce temps-là, en France, les rois Capétiens, en régnant de père en fils pendant plus de trois siècles ont assuré un certain calme et une pérennité au pays. Mais en 1328 les trois fils de Philippe IV le Bel meurent successivement sans descendant mâle (après le scandale d'adultère de leurs trois épouses).  S'en suit une lutte à mort pour récupérer le titre de roi de France entre Philippe le comte de Valois, neveu de Philippe IV le Bel et Edouard III le roi d'Angleterre qui revendique au nom de sa mère Isabelle de France. La guerre de cent ans commence et va ruiner les deux pays.        

                Un terrible fléau va bouleverser toute l'Europe : la peste, venant d'Asie (déjà !), sévit dramatiquement de 1346 à 1350, puis en 1358, 1365 et 1381. L’Europe voit mourir entre un tiers et la moitié de sa population (soit environ 25 millions de personnes) dans des conditions horribles. Elle s’étend de la mer Noire au Groenland. Certaines villes perdent la moitié de leur population et il s’en suit un chaos économique et social. La folie collective qui en découle mène au bûcher des milliers de juifs, injustement accusés d’avoir répandu la maladie.

            En 1365, les deux frères Habsbourg, Albert III et Léopold III, (arrière-petit-fils de Rodolphe 1er) héritent et se partagent leurs énormes possessions ; Albert reçoit les duchés autrichiens et Léopold les “ Pays antérieurs ” (Haute-Alsace, Pays de Bade et Suisse). Mais Léopold a trop augmenté les impôts de ses sujets et les Suisses du pays des 4 cantons se révoltent.

            En 1386, Léopold III mobilise toute la noblesse alsacienne pour mater les confédérés suisses et rester maître de ses territoires suisses (il réunit une armée de 25000 hommes). La bataille a lieu à Sempach (près de Lucerne) et est la plus grande défaite des Habsbourg face aux « bucherons » suisses. C’est le début de l’émancipation des cantons suisses. Léopold meurt sur le champ de bataille avec la quasi-totalité de la chevalerie rhénane qui avait décidé d’attaquer les suisses à pied engoncés dans leurs armures (ils n’ont donc rien appris de la défaite de 1262 à Strasbourg) résultat : 2000 morts du côté des Habsbourg, 200 du côté des suisses !
            Dans la liste des victimes on trouve le Duc Léopold de Habsbourg, le prévôt Jean d’Ochsenstein et une soixantaine de nobles alsaciens. Parmi eux, les seigneurs des meilleures familles : Walther von Dicke du Spesbourg, quatre chevaliers d’Andlau, six Rathsamhausen, deux Landsberg et deux Berckheim de Mittelbergheim, un Géroldseck et Waldner de Reinach

La bataille de Sempach en Suisse
La bataille de Sempach en Suisse
La bataille de Sempach en Suisse

La bataille de Sempach en Suisse

            Deux ans plus tard, les Habsbourg voulant venger leurs morts remobilisent une armée qui se fait encore battre « à plat de couture » par les suisses à la bataille de Näfels ce qui sonne le glas de leurs possessions territoriales suisses. 
            La dynastie des Habsbourg d’Autriche régnera ensuite sur l’Empire Austro-hongrois de 1438 à 1918 !

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