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Histoires et Lieux d'Alsace

Attila, les Huns et les Alamans

          L'Alsace romaine bénéficie d'une période de paix (la Pax Romana) et de prospérité protégée par la frontière du Rhin. Mais, dès le 3ème siècle, des hordes de germains poussés, eux, par les Huns passent le fleuve et font des incursions dans la plaine. Argentorate (Strasbourg) est plusieurs fois attaqué et détruit. En 351, une coalition de Francs et d'Alamans envahissent la plaine, détruisent les villes; les habitants s'enfuient dans les montagnes. L'empereur Julien est obligé de venir lui-même rétablir l'ordre, bat les Alamans à la bataille de Hausbergen en 356. Mais la masse des barbares est impossible à arrêter. En 407, ils s'installent à nouveau, les romains étant incapables de les repousser, au point que Saint Jérôme écrit, en 409, qu'Argentorate est "transférée en Germanie" !

 

         En l’an 451, au début du mois de mars, des messagers chevauchent dans toute la plaine pour prévenir les quelques garnisons romaines, qui résistent encore derrière leurs murailles, de l’arrivée d’Attila.
           Qui est ce Attila ? et d’où vient-il ?
          On raconte avec effroi que c’est le roi des Huns qui remonte le long du Danube avec une armée de 200 000 hommes ! Mais qu’est ce qui nous vaut le malheur d’une telle expédition dans notre plaine déjà si convoitée ?
        Les Huns sont originaires d’Asie centrale (Mongolie) et ont dominé les steppes par leur art de la guerre. Ils avaient fait irruption dans les Balkans puis en Europe et s’étaient constitués en 3 siècles le plus grand empire que la terre ait connu, de la Russie jusqu’à la Turquie.
        Ces tribus nomades surpassent les autres dans la maîtrise du cheval, grâce à leur rapidité et à leur étonnante mobilité, ainsi qu’à l’adresse de leurs cavaliers, entraînés dès leur plus jeune âge à l’utilisation de l’arc à cheval. C’est cet arc révolutionnaire en composite qui leur donne un avantage sur toutes les autres armées. Ils ont même suscité l'admiration des Romains qui ont sollicité leur alliance (en 427 contre les Wisigoths, en 428 contre les Francs...). On voit alors des cavaliers huns en Italie et en Gaule. Ils sont à l'époque considérés comme la meilleure armée au monde ! 
       Attila, né vers 395, est le fils d’un roi d’une tribu, les moundzouk, et a pris le pouvoir avec son frère Bleda en 434 à la mort de son oncle Rugila le grand. En désaccord avec son frère, il le fait assassiner en 445. Il a alors 50 ans. Polythéiste, Attila est convaincu d’avoir été désigné pour diriger le monde des hommes. Sous son règne, la puissance des Huns va atteindre son apogée. Il lance chaque année des raids sur l'Empire d'Orient et détruit régulièrement les villes des Balkans en tuant et rançonnant leurs habitants. 
          Le « Turc » habite un palais de bois, qu’il a fait construire sur les rives du Danube, au milieu de son peuple en Roumanie. Il affiche une apparence simple, sans bijoux ni vêtements de luxe, il mange dans de la vaisselle de bois alors que ses invités sont servis avec de la vaisselle en or. Cette simplicité est aux antipodes du cérémonial à la cour de Rome ou de Constantinople où l'empereur vit dans un luxe ostentatoire et fait l'objet d'une véritable vénération. On prétend qu'il parle le grec et le latin. Grand stratège, meneur d'hommes, on le présente, chez ses ennemis, comme un despote fourbe qui mêle les flatteries et l’effroi ! Mais, il est aussi reconnu comme noble, bienveillant, loyal et juste par ses peuples. Comme il aime distribuer ses richesses, il soutire des « rançons » de plus en plus importantes de l’empereur de Constantinople en échange d’une non-agression. 

        En 450, un évènement invraisemblable va encore modifier le cours de l’histoire. A Rome déjà bien minée par la décadence, la sœur du jeune empereur Valentinien III (co-impératrice), s’oppose à ce dernier et est envoyée dans un couvent à Constantinople pour officiellement protéger sa virginité. Elle va alors envoyer à Attila sa chevalière pour lui demander son aide et lui signifier qu’elle souhaite l’épouser ! Attila, qui vient de perdre sa 1ère épouse, trouve l’idée très bonne et va réclamer la Gaule en dot. Il se voit déjà « empereur d’Europe » ! Mais Justinien ne répond pas à la demande du roi des Huns ! Attila se fâche et s’allie à l’autre ennemi mortel des romains, Genséric le roi des Vandales qui tient Carthage. Les deux rois s’entendent sur une stratégie commune devant envahir la Gaule pour battre les Wisigoths et se retourner ensuite contre Rome. 
   

L'expédition des HunsL'expédition des Huns

L'expédition des Huns


         Voilà pourquoi Attila, qu'on appelle "le fléau de Dieu", se lance  au printemps 451 dans une folle aventure contre la Gaule à la tête de son armée réunissant les Huns et tous leurs vassaux germaniques. L’incroyable armée remonte les 3000 kms de la vallée du Danube qui n’avait jamais vu un tel déferlement humain ! Imaginez, 200 000 hommes, chevaux, tentes et bagages ! La terreur des habitants, qu’ils rançonnent quand ils ne les tuent pas, se propage comme une trainée de poudre. Une expression disait que « L'herbe ne pousse plus où le cheval d'Attila a passé ».
        Ils arrivent sur le Rhin à Augusta Raurica qu’ils détruisent. Attila pille et incendie ensuite Basiléia (Bâle), Argentovaria (Colmar) puis arrive devant Argentorate (Strasbourg) dont les habitants se sont enfuis dans la vallée de la Bruche.. La garnison romaine va être décimée et le camp qui se trouve à l’emplacement de l’actuelle cathédrale est entièrement détruit. Il ne sera jamais reconstruit ; c’en est fini de l’occupation romaine de l’Alsace.
        Les Huns remontent le long du Rhin et brûle successivement Borbetomagus (Worms), Mogontiacum (Mayence) et Colonia (Cologne). Attila bifurque ensuite vers le sud pille Augusta Treverorum (Trèves) et se dirige vers Mettis (Metz). Après un long siège, le 7 avril 451, il massacre les 20 000 habitants et brûle la ville. Il pille encore Chalons sur Marne et Reims mais est arrêté par le général romain Aétius à la tête d’une armée de mercenaires que ce dernier a réussi à fédérer à la hâte (Visigoths, Burgondes, Alains, …) à Genabum (Orléans). 
          Le roi des Huns se replie vers Catalaunum (Chalons en Champagne) où va avoir lieu la plus grande bataille du siècle, dite des champs Catalauniques, près de Augustobona (Troyes), le 20 juin 451. Jamais l’Europe n’a vu deux armées si nombreuses face à face. Deux cent mille hommes vont s’entretuer férocement. La bataille commence vers 3 heures de l’après-midi et dure jusqu’à la nuit. L’ambition d’un seul homme va entrainer la mort de 50 000 hommes dans chaque camp ! Le ruisseau qui passait par là se gonflera du sang des morts et des corps des blessés qui cherchaient à se désaltérer.  Attila, lui-même pétrifié, fait alors ériger un bucher dans son camp retranché où il veut s’immoler si les romains l’attaquent, ce qui ne se produit pas. Aétius, désirant sûrement s’octroyer seul la victoire, renvoie les fils du roi des Visigoths mort pendant la bataille.
          Attila veut ensuite prendre Augustobona (Troyes) mais en est dissuadé par l’évêque St-Loup qui lui promet de le guider jusqu’au Rhin s’il épargne la ville.

Le général Aétius, lui, rentre à Rome où il pense recevoir les lauriers de sa victoire, mais, pas de chance, il est assassiné par son propre empereur jaloux de sa trop grande notoriété ! Cela ne rigolait pas à l’époque !
          Au printemps 452, Attila qui veut toujours en découdre avec Valentinien (et peut-être récupérer sa vierge), repasse les Alpes et s'empare de Padoue, Vérone, Milan et Pavie ! La situation est désespérée pour Rome et Valentinien III accepte de négocier. Le 11 juin 452, ce dernier envoie une délégation avec le pape Léon Ier. Attila accepte de se retirer contre une grosse rançon car son armée est victime d'une épidémie. Il se retire donc heureux d'avoir encore une fois vaincu Rome sans combattre et décide de faire la fête en se mariant. 
           C'est sur le chemin du retour début 453, qu'il se marie avec une Germaine Ildico mais sa nuit de noce se termine de façon inattendue ! Il meurt, à 58 ans, étouffé par son propre sang ! A-t-il été assassiné, victime d’une machination des Romains ou a-t-il trop abusé de sa nuit de noces ?  On ne le saura jamais. Il est secrètement enterré dans sa terre natale dans un triple cercueil d'or, d'argent et de fer et les esclaves qui creusent sa tombe sont tous égorgés afin qu'elle ne soit jamais découverte et profanée. Son empire ne survivra pas à sa mort, car ses nombreux fils se battent pour les énormes territoires. Les peuples germains rejetteront définitivement les Huns au-delà du Danube. 

               A Rome, Valentinien III, libéré de la menace hunnique, tue de ses propres mains, en septembre 454, le général Aétius qui avait pourtant sauvé son empire ! Six mois plus tard, il est lui-même assassiné, à 30 ans, par deux fidèles d'Aétius. C'en est fini de l'empire romain qui ne retrouvera jamais un homme capable de la défendre contre les envahisseurs.

          En Alsace, nous voilà seuls, face aux Alamans (originaire de la vallée de l'Elbe) qui en profitent pour occuper définitivement la plaine et une vaste région qui englobe le pays de Bade, le Wurtemberg, l’Alsace et la Suisse jusqu’au col du St Bernard. Le parler alemanique se substitue à la langue celtique sauf dans certaines vallées sous-vosgiennes. Ils construisent leurs maisons en bois et torchis. Cette technique évoluera au fil des siècles pour devenir les merveilleuses maisons à colombages qu’on admire aujourd’hui dans tous les villages alsaciens.

       

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