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Histoires et Lieux d'Alsace

Alfred l'Alsacien le plus haï de France

Johan Strauss père écrit cette marche militaire à Vienne en 1848.

Voici l’histoire rocambolesque d’un honnête alsacien pris dans une tourmente qui le dépasse complètement et qui va diviser la France entière en deux clans. Ce qui est moins connu, c’est que c’est un autre alsacien qui va lui sauver la vie et son honneur.

 En cette fin de 19ème siècle, Paris est devenu la capitale du monde et de la modernité. On prépare l’Exposition Universelle de 1900 qui accueillera, tenez-vous bien, 80 000 exposants et 50 millions de visiteurs du monde entier. C’est dire l’attrait de la capitale française à ce moment-là. Mais Paris représente aussi bien les hauts lieux que les bas-fonds obscurs de la Ville Lumière, des lieux de joies, de fêtes mais aussi les antres de tous les plaisirs. Il faut bien souligner que c’est peut-être les nombreux bordels qui attirent en masse les Américains et le reste du monde.

 L’armée française, elle, rêve d’une revanche contre l’Allemagne qui lui a ravi l’Alsace et la Moselle. Les officiers pour combattre leur ennui ont des maîtresses, font de la politique et profitent aussi de tous les plaisirs que leur offre la « haute société ».

L'Exposition universelle de 1900
L'Exposition universelle de 1900
L'Exposition universelle de 1900
L'Exposition universelle de 1900

L'Exposition universelle de 1900

En 1894, le général Auguste MERCIER est ministre de la Guerre et au faîte de sa carrière. Fils d’un capitaine des Dragons, il n’aurait jamais imaginé un tel « alignement des étoiles ». Il se croit l’homme le plus influent du pays puisqu’il commande à la force militaire. Il est décrit comme : « sec, hautain, d'une infatuation provocante, infaillible et sûr de son étoile ». Il prépare activement sa candidature à la Présidence de la république qu’il est certain de pouvoir gagner en 1895 mais doit faire face à une campagne de critiques de parlementaires qui réclament sa révocation.

 Un des officiers de l’état-major, le commandant ESTERHAZY a une vie très dissolue ; c’est un tricheur invétéré et un fin manipulateur qui mène grand train et accumule les maîtresses. Frustré que ses mérites ne soient pas mieux reconnus, il hait ses supérieurs et l’armée en général. Toujours à court d’argent, il prend contact avec l’ambassadeur allemand à Paris pour lui vendre des informations sur l’organisation de l’armée française, notamment sur le nouveau canon français de 120.

En septembre 1894, Marie une espionne du bureau « des statistiques » (le 2ème Bureau du contre-espionnage français), trouve une lettre en faisant le ménage, à l’ambassade d’Allemagne, d’un officier français qui vend des informations à l‘Allemagne ! Informé, le ministre MERCIER est d’abord atterré et somme le colonel SANDHERR, chef du contre-espionnage de trouver le coupable. Il voit rapidement dans cette affaire l’occasion de « redorer » son image publique mais il faut vite trouver le coupable.

Le commandant ESTERHAZY, membre du « 2ème Bureau » loin de perdre la tête, convainc son chef, le colonel HENRY, qu’il ne peut s’agir que du stagiaire « D » récemment arrivé au 2ème bureau qui est alsacien et … juif. On fait appel à des experts qui confirment que la lettre découverte « est bien de la main de « D ». Le ministre MERCIER est ravi et informe tout le gouvernement de la belle affaire et de la publicité qu’il entend lui donner.

C’est ainsi que commence la plus lamentable histoire qui va déchirer la France pendant une dizaine d’années. C’est d’abord l’histoire d’un complot d’état digne des romans d’Agatha Christie et que le célèbre Sherlock Holmes aurait aimé démêler. C’est surtout l’histoire d’un homme broyé par l’antisémitisme ambiant à l’approche d’un furieux vingtième siècle.

Le général MERCIER, le commandant ESTERHAZY et le commandant HENRY
Le général MERCIER, le commandant ESTERHAZY et le commandant HENRY
Le général MERCIER, le commandant ESTERHAZY et le commandant HENRY

Le général MERCIER, le commandant ESTERHAZY et le commandant HENRY

L’homme dont on va briser la vie s’appelle Alfred DREYFUS. Il est né en 1859 à Mulhouse dans une vieille famille juive alsacienne qui a réussi dans le textile. Son père, Raphaël, dirige une filature de tissage d’indiennes. Après l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne en 1871, Raphaël Dreyfus, choisit la nationalité française pour toute la famille et émigre d’abord à Bâle puis à Paris. Alfred est un enfant délicat, curieux et persévérant, « un rêveur incorrigible » ; son enfance très choyée s’écoule paisiblement sous la protection de ses six frères et sœurs plus âgés.

 Marqué lorsqu’il avait onze ans par l’entrée des Prussiens à Mulhouse, Alfred décide de s’engager dans l’armée afin de défendre la France. Il entre à l’Ecole Polytechnique en 1878 et devient officier d’artillerie. Affecté au 31e régiment d'artillerie le 1er octobre 1882, ses supérieurs reconnaissent son zèle dans le service et son application dans les manœuvres. Son biographe, Vincent Duclert, signale que sa voix monocorde et de faible puissance, le dessert mais qu'il impose son autorité « par la précision et l'intelligence de ses ordres ». Affecté aux batteries à cheval de la 1ère division de cavalerie à Paris, il s'y montre zélé et consciencieux ; en janvier 1886, son chef de corps le qualifie d'officier plein d'entrain, très hardi cavalier, instruit, intelligent. L'année suivante, c'est l'excellent lieutenant de batterie dont on vante le zèle tandis qu'en janvier 1888, il est qualifié de « meilleur lieutenant du groupe des batteries (...) servi par une excellente mémoire et une intelligence très vive ». Ses qualités d'instructeur et de meneur d'hommes appellent sa promotion au grade supérieur.

En septembre 1889, à trente ans, Alfred Dreyfus est nommé capitaine et se présente au concours de l'École de Guerre. Il épouse en 1890 Lucie Hadamard, qui descend d’une famille messine au patriotisme et à la réputation irréprochables. La même année Alfred Dreyfus entre à l’Ecole Supérieure de Guerre. Lucie accouche d’un garçon Pierre en 1891 et d’une fille, Jeanne, en 1893.

Alfred est nommé à l’Etat-Major de l’Armée. Lucie et Alfred ont légitimement les plus grandes espérances quant à la suite de sa carrière.

Alfred et Lucie DREYFUS et leurs deux enfantsAlfred et Lucie DREYFUS et leurs deux enfants

Alfred et Lucie DREYFUS et leurs deux enfants

Le 13 octobre 1894, lorsqu’on le convoque en « tenue bourgeoise » le ciel tombe sur la tête d’Alfred ! Son sort a été scellé d’avance. On lui dicte la fameuse lettre espérant ainsi le troubler et obtenir ses aveux rapides. Mais Alfred se défend et jure qu’il n’a rien à voir avec cette affaire. On lui présente alors un pistolet en lui suggérant de sauver son honneur en se suicidant. Alfred ne reconnait rien mais est accusé de haute trahison puis enfermé à la prison du Cherche-Midi où il est harcelé et torturé moralement pendant quinze jours.

S’en suit une invraisemblable cabale organisée par les militaires qui déclenche une violente campagne d’indignation et d’antisémitisme dans toute la France. Le ministre MERCIER va jusqu’à déclarer DREYFUS coupable dans une interview au Figaro avant la tenue du procès ! Celui-ci, à huit-clos, est bâclé. Le commandant HENRY fait une déclaration théâtrale. Il jure sur l'honneur que le traître est Alfred DREYFUS, en désignant le crucifix accroché au mur du tribunal. Les militaires affirment encore avoir un dossier secret (qui est vide) et Alfred est condamné le 22 décembre 1894 au bagne à vie !

La France entière jubile et regrette même que la peine de mort ne puisse plus être prononcée contre ce vil juif. Cela aurait bien arrangé les militaires. Même Jean JAURES et Georges CLEMENCEAU le traite de misérable traître.

Le 5 janvier 1895, Alfred Dreyfus est dégradé dans la cour de l’Ecole militaire devant 4000 soldats et 20 000 personnes amassées derrière les grilles. Cette lugubre cérémonie, il l'a subie comme un supplice, une agonie, une abomination.

Le ministre MERCIER est fait Grand Officier de la Légion d'honneur en février 1895 tandis qu’Alfred à 35 ans embarque à Saint-Nazaire pour un destin inique.

Le procès et la dégradation du capitaine Dreyfus
Le procès et la dégradation du capitaine Dreyfus

Le procès et la dégradation du capitaine Dreyfus

Le 14 avril 1895, Alfred DREYFUS arrive à l’île du Diable en face de Cayenne. On lui a construit une case en pierre de quatre mètres sur quatre à la va-vite car il est le seul prisonnier de l'île. On a construit un mur qui lui interdit de voir la mer. On lui met les fers la nuit. Le commandant du bagne va lui faire vivre un enfer alors que les conditions de vie sont déjà très pénibles. La température atteint 45 °C, il est sous-alimenté ou nourri de denrées frelatées. Il écrit : « La vue de la mer du dehors m’est interdite, j’étouffe dans ma case où je n’ai plus ni air, ni lumière. Uniquement le promenoir entre deux palissades, dans la journée en plein soleil sans apparence d’ombre ».

Il se plaint de recevoir « mille piqures de moustiques par jour ». Il n’est pas soigné lors de ses nombreuses maladies tropicales. En fait, on veut qu’il meurt pour que l’Affaire soit enterrée.

Trouvant épouvantable de n'avoir rien à faire, il lit beaucoup et écrit de longues lettres à sa femme. Il lui écriera plus de mille lettres pendant les mille cinq cents jours qu’il passera sur l’îlot. La mort ne l’inquiète pas : « La mort banale, celle-là, je ne la crains pas, mais la mort en laissant derrière soi un nom déshonoré, je mets au défi quiconque de trouver situation plus tragique ».

Il veut la réhabilitation et demande régulièrement justice. Dès le 5 octobre 1895, il sollicite du président de la République « qu'on fasse la lumière pleine entière, sur cette machination dont ma famille et moi sommes les malheureuses et épouvantables victimes ». Le 10 septembre 1896, il réitère sa demande au président Félix FAURE pour qu'on recherche le « véritable coupable, l'auteur de cet abominable forfait ». Tenu dans l'ignorance du développement de l'Affaire en France, il continue d'être un prisonnier modèle. Le 26 janvier 1898, il écrit à sa femme : « J'ai tout accepté, tout subi, bouche close. Je ne m'en vante pas, d'ailleurs, je n'ai fait que mon devoir, uniquement mon devoir ».

L'Île du Diable à Cayenne
L'Île du Diable à Cayenne

L'Île du Diable à Cayenne

L’année suivante, en mars 1896, en France, le lieutenant-colonel Marie-Georges PICQUART, un brillant Alsacien de 42 ans devient le nouveau chef des renseignements et remplace le colonel SANDHERR malade.

PICQUART est né à Strasbourg en 1854. Il a cinq ans de plus qu’Alfred Dreyfus. Comme les Dreyfus, sa famille avait quitté l’Alsace en 1871. Il a fait Saint-Cyr et est très rapidement nommé commandant. Il enseigne la topographie à l’Ecole Supérieure de guerre en 1890 lorsqu’Alfred DREYFUS y entre.

 PICQUART est informé d’un fait extraordinaire. Il reçoit une deuxième lettre interceptée à l’ambassade d’Allemagne, adressée au commandant ESTERHAZY le remerciant des derniers éléments fournis. Il est stupéfait. C’est donc ESTERHAZY le traître ! Il découvre surtout qu’il n’y a rien dans le dossier secret ! Il va en parler au chef d’état-major, qui l’envoie … en Tunisie combattre les tribus rebelles. PICQUART, ayant peur pour sa vie, en parle à son avocat qui met au courant Mathieu DREYFUS, le frère d’Alfred. Celui-ci alerte la presse et demande la révision du procès.

En novembre 1897, Le Figaro publie un article et dénonce publiquement le commandant ESTARHAZY. L’armée réagit par l’intermédiaire du commandant HENRY qui présente à la presse une lettre de l’ambassadeur italien qui prouverait la culpabilité d’Alfred. Cette lettre est un faux écrit par HENRY sur ordre. On décide alors en haut-lieu d’organiser le procès d’ESTERHAZY pour le disculper. L’armée va jusqu’à proclamer que c’est le colonel PICQUART qui a écrit la 2ème lettre. Cela devient l’affaire PICQUART.

Le 8 janvier 1898, s’ouvre devant le Conseil de guerre le procès d’ESTERHAZY qui tourne à la farce. Tous les officiers chargent le colonel PICQUART. ESTERHAZY est acquitté sous les vivats de la foule. Le colonel PICQUART est arrêté et enfermé à la prison du Mont Valérien.

Le général PICQUART en 1906

Le général PICQUART en 1906

Le même jour, Emile ZOLA, scandalisé, publie, à la Une de L’Aurore, un article de 4500 mots qui commence par « J’ACCUSE » où il interpelle le Président Félix FAURE et qui met le feu aux poudres :

« J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire (…) et d'avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice d'une des plus grandes iniquités du siècle.

J'accuse le général Billot d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l'état-major compromis.

J'accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même crime, l'un sans doute par passion cléricale, l'autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l'arche sainte, inattaquable.

J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d'avoir fait une enquête scélérate, j'entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J'accuse les bureaux de la guerre d'avoir mené dans la presse, particulièrement dans L'Éclair et dans L'Écho de Paris, une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.

J'accuse enfin le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le second conseil de guerre d'avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable .... »

Le ministre de la Guerre porte plainte contre lui : c’est l’affaire ZOLA qui commence. ZOLA est l’écrivain le plus connu dans le monde. Il doit sa notoriété à la publication des vingt romans « Les Rougon-Macquart » fresque romanesque d’une famille sous le Second Empire. Son procès a lieu dans un déchainement de violences. Le colonel HENRY apostrophe le colonel PICQUART qu’on a extrait de sa prison pour l’occasion. Les deux hommes se traitent mutuellement de menteurs. L’état-major met encore la pression sur les juges en présentant le « Faux Henry ». Emile ZOLA est condamné à un an de prison et 3 000 francs d’amende. La France se déchire et est coupée en deux factions, les Dreyfusards et les Antidreyfusards. Son engagement coûte cher à Zola car la justice fait saisir ses biens et les vend aux enchères.

Après le procès, le colonel PICQUART et le commandant HENRY se battent en duel dans le manège de l’Ecole militaire. HENRY qui veut tuer son supérieur a la main transpercée par l’épée de PICQUART.

Emile ZOLA et son "J'accuse" à la Une de l'Aurore
Emile ZOLA et son "J'accuse" à la Une de l'Aurore

Emile ZOLA et son "J'accuse" à la Une de l'Aurore

En juin 1898, le nouveau ministre de la Guerre, Godefroy CAVAINIAC est obligé de monter à la Tribune de l’Assemblée et présente des pièces accablantes du « Dossier Secret » qui a permis de condamner Dreyfus, ainsi que le « Faux Henry ». Mais ses collaborateurs lui confirment ensuite que les documents du « Dossier secret » sont des FAUX ! Le colonel HENRY avoue qu’il est l’auteur des faux et qu’il voulait « arranger les choses ». Il est incarcéré à la prison du Mont Valérien où il est retrouvé le lendemain matin la gorge tranchée ! Suicide ou assassinat ? Le ministre CAVAIGNAC et tout le gouvernement démissionnent !

En septembre 1898, Mathieu Dreyfus demande encore la révision du procès. Le gouvernement transfère le dossier à la Cour de cassation pour jugement sur la forme. Lucie Dreyfus écrit à son mari : « Nous voici donc arrivés à la dernière étape, à la crise finale qui doit nous rendre ce que nous avons injustement perdu, notre honneur ».

Alfred lui répond : « si j’ai vécu, c’est pour vouloir mon honneur, mon bien propre, le patrimoine de nos enfants(...) Quand on a derrière soi tout un passé de devoir, une vie toute d’honneur, quand on n’a jamais connu qu’un seul langage, celui de la Vérité, l’on est fort, je te l’assure, et si atroce qu’ait été le destin, il faut avoir l’âme assez haute pour le dominer jusqu’à ce qu’il s’incline devant vous. Attendons donc avec confiance la décision de la Cour suprême comme nous attendrons avec confiance le verdict des nouveaux juges devant lesquels cette décision me renverra ».

Le 16 février 1899, le prince Albert 1er de Monaco, vient à Paris plaider la cause du capitaine DREYFUS, et demande à être reçu par le président FAURE qui attend, en fait, sa maîtresse, la belle Marguerite Japy dite Meg de l’illustre famille alsacienne des Japy de Belfort (Belfort est une ville alsacienne jusqu’en 1871). Le prince Albert est vite expédié. Le Président FAURE prend ensuite deux dragées « Yse » (à base de phosphure de zinc), le Viagra de l'époque et se jette dans les bras de la belle Meg. Celle-ci lui administre ce qu’on appellera « une pompe funèbre » qui tue presque instantanément le Président de la république Française ! Notre Meg s'éclipse par la sortie de service et en oublie son corset dans le salon bleu ! 

Le Président Félix FAURE et sa maitresse Meg STEINHEIL-JAPY
Le Président Félix FAURE et sa maitresse Meg STEINHEIL-JAPY

Le Président Félix FAURE et sa maitresse Meg STEINHEIL-JAPY

Le 3 juin 1899, la Cour de cassation casse le jugement du tribunal militaire ayant condamné DREYFUS. Dès le 8 juin, Alfred, fou de joie, quitte l’île du Diable et croit être enfin innocenté. Il est enfermé dès son arrivée dans l’attente d’un deuxième procès. Il revoit sa femme après quatre années d’absence en même temps que ses nouveaux juges. Il a quarante ans mais en parait soixante. Ce deuxième procès est encore une parodie de justice où on retrouve le fameux général MERCIER qui continue d’accuser Alfred. L’avocat d’Alfred est même victime d’une tentative d’assassinat.

Le 9 septembre 1899, Alfred DREYFUS est, une nouvelle fois contre toute attente, condamné à dix ans de prison avec des circonstances atténuantes. On croit rêver ! L’affaire prend une tournure internationale. Emile ZOLA s’esclaffe « Je suis dans l'épouvante, […] la terreur sacrée de l'homme qui voit l'impossible se réaliser, les fleuves remonter vers leurs sources, la terre culbuter sous le soleil. Et ce que je crie, c'est la détresse de notre généreuse et noble France, c'est l'effroi de l'abîme où elle roule. »

 L’Aurore publie une lettre de Zola à Madame Alfred Dreyfus : « Il nous faut la réhabilitation de l’innocent, moins pour réhabiliter, lui qui a tant de gloire, que pour réhabiliter la France, qui mourrait sûrement de cet excès d’iniquité ».

Même la reine VICTORIA intervient et envoie une lettre au nouveau Président Emile LOUBET où elle menace de ne pas venir à l’Exposition Universelle de Paris s’il ne réagit pas !

Le 18 septembre, Emile LOUBET accorde sa grâce à Alfred qui voit enfin la fin du cauchemar. Mais cette grâce, Alfred n’en veut pas. Il veut être innocenté. Il continue le combat pendant de longues années : « Mon innocence est absolue ; cette innocence, j’en poursuivrai jusqu’à mon dernier souffle la reconnaissance juridique par la révision ».

Le 29 septembre, Emile ZOLA meurt asphyxié dans son appartement de la rue de Bruxelles. On conclut à un accident mais un ramoneur avouera à la fin de sa vie qu’il avait bouché la cheminée. Alfred assiste aux obsèques du pauvre homme.

Quatre ans plus tard, le 12 juillet 1906, la Cour de cassation casse le deuxième jugement et admet qu’Alfred DREYFUS a été condamné à tort. L’innocence d’Alfred est donc reconnue et il est réintégré dans son grade. Il est même décoré de la Légion d’honneur le 20 juillet alors qu’on a retiré celle d’Emile ZOLA. Aucun des propagandistes (à part HENRY) de cette lamentable affaire ne sera inquiété. Ils sont discrètement mis à la retraite. Le général MERCIER, ex-ministre, finit même sa vie comme sénateur avec tout le train de vie qui va avec.

La réhabilitation d'Alfred DREYFUS

La réhabilitation d'Alfred DREYFUS

Le 15 octobre 1906, Alfred est nommé commandant de l'artillerie pour l'arrondissement de Saint-Denis. Il fait des démarches auprès du président du Conseil Georges CLEMENCEAU et du nouveau ministre de la Guerre, le général PICQUART (le grand gagnant dans cette affaire) pour qu’on lui reconnaisse les quatre années de détention pour son avancement. Mais l’armée en a visiblement assez de l’affaire DREYFUS. Ayant perdu l'espoir de devenir officier général, Alfred demande sa mise à la retraite, le 26 juin 1907. Le 4 octobre 1907, « victime jusqu'au bout », il écrit qu'il se console « en pensant que l'iniquité dont j’ai prodigieusement souffert aura servi la cause de l'humanité et développé les sentiments de solidarité sociale ».

Le 4 juin 1908, les cendres de ZOLA sont transférées au Panthéon. À la fin de la cérémonie, un journaliste anti-dreyfusard ouvre le feu avec un révolver sur Alfred Dreyfus, qui est légèrement blessé au bras.

PICQUART bénéficie d’une ascension fulgurante : général de brigade en 1906, ministre de la Guerre de 1906 à 1909, général de division en 1910, il succède au général Joffre à la tête du 2ème corps d’armée. Il meurt en janvier 1914, quelques mois avant la Première Guerre mondiale des suites d’une chute de cheval à l’âge de soixante ans alors qu’il aurait vraisemblablement joué les premiers rôles dans l’horrible guerre.

Alfred, à 55 ans, veut reprendre du service en 1914. Il écrit à son amie la marquise Arconati-Visconti : « Maintenant, haut les cœurs ! L'Allemagne mérite de recevoir un vigoureux coup de torchon ». Il est affecté à l'état-major de l'artillerie du camp retranché de Paris puis au parc d'artillerie de la 168e division. Le commandant DREYFUS est promu lieutenant-colonel du cadre de réserve à l'automne 1918 et obtient de Georges CLEMENCEAU sa croix d'officier de la Légion d'honneur en juillet 1919.

Alfred Dreyfus retourne ensuite à la vie civile. Prématurément vieilli, il mène une vie paisible dans son appartement parisien entouré de ses proches. Il ne parlera jamais de sa déportation à ses enfants ou petits-enfants. Après une opération en Suisse, il reste alité, soigné par son gendre médecin. Alfred meurt à son domicile parisien, le 12 juillet 1935, à 76 ans, sans jamais avoir été aigri. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse, le dimanche 14 juillet 1935.

Lucie DREYFUS, sa fille Jeanne et sa famille vont passer la période de l’occupation allemande à Toulouse. Madelaine LEVY, la fille de Jeanne et petite-fille de Lucie et Alfred DREYFUS rejoint le groupe « Combat » de la résistance et aide les juifs à quitter la France. Elle est arrêtée, en 1943 à 22 ans, par des policiers français et déportée à Auschwitz d’où elle ne reviendra pas. Lucie est inconsolable et décède en 1945. Pierre, son fils, s’est réfugié à New-York en 1942 avec ses quatre enfants pour fuir les Nazis. Il décèdera dans le crash du New-York-Paris en Irlande en décembre 1946.

               En 1997, son petit-neveu, le chanteur Yves Duteil, rend hommage à Alfred dans une chanson appelée « Dreyfus »

Jean Dujardin incarne avec brio le rôle du colonel PICQUART dans le film "J'accuse" de Roman Polanski

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W
Très bon article
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